vendredi, janvier 27, 2006

Etourdissement dans la cité de verre



" New York était un espace inépuisable, un labyrinthe de pas infinis, et, aussi loin qu'il allât et quelle que fût la connaissance qu'il eût de ses quartiers et de ses rues, elle lui donnait toujours la sensation qu'il était perdu. Perdu non seulement dans la cité mais tout autant en lui même.

Chaque fois qu'il sortait marcher il avait l'impression de se quitter lui même, et, de s'abandonner au mouvement des rues, en se réduisant à n'être qu'un oeil qui voit, il pouvait échapper à l'obligation de penser, ce qui, plus que tout autre chose, lui apportait une part de paix, un vide intérieur salutaire. Autour de lui, devant lui, hors de lui, il y avait le monde qui changeait à une vitesse telle que Quinn était dans l'impossibilité de s'attarder bien longtemps sur quoi que ce soit.



Le mouvement était l'essence des choses, l'acte de placer un pied devant l'autre et de se permettre de suivre la dérive de son propre corps. En errant sans but, il rendait tous les lieux égaux, et il ne lui importait plus d'être ici ou là.
Ses promenades les plus réussies étaient celles où il pouvait sentir qu'il était nulle part. Et c'était finalement tout ce qu'il avait jamais demandé aux choses: être nulle part.

New York était le nulle part que Quinn avait construit autour de lui même et il se rendait compte qu'il n'avait nullement l'intention de le quitter à nouveau.
"

Paul Auster, Cité de Verre, in La Trilogie New Yorkaise.