mardi, janvier 31, 2006

Nouvel An 新年快樂 !!!



Et oui, c'est l'année du chien.


Alors pour fêter ça, on a droit à un magnifique chien monumental dans l'enceinte du Mémorial Chiang Kai Shek...
Par bonheur il regarde vers l'entrée, et donne plus l'impression de protéger le patriarche bonhomme, confortablement assis dans son fauteuil sous son joli toit bleu, que l'impression de l'affronter. Cela aurait pourtant été rigolo, de planter toute une meute immobile autour du bâtiment....


hum.




L'avantage du Nouvel An, ce sont les vacances du Nouvel An.
Qu'il faut passer en famille...et donc...Taipei désertée!!!
L'occasion rêvée de se promener tranquillement et de faire quelques photos.


De Chiang Kai Shek d'abord,
pour le coup déserte uniquement au petit matin, car les touristes asiatiques ont eux aussi profité des vacances du chien pour quitter leurs villes...
Construit en 28mois après la mort de Chiang Kai Shek en 1975, sur les plans de l'architecte Yang Chuo-Cheng (qui a aussi dessiné la Grande Mosquée de Taipei)... la superficie du parc est de 250 000 m2, entouré par une promenade abritée de 2km, le long de laquelle se réunissent souvent des groupes de taiwanais d'âges respectables pour bavarder, jouer de la musique, ou jouer au majong... A l'intérieur de cette enceinte percée de trois entrées monumentales (surtout pour la porte principale, à l'ouest) et de petites entrées discrètes et fort pratiques aux angles, des jardins, parterres fleuris, allées pavées ou dallées, petits chemins, bassins et ponts ... Un espace calme et aéré, au coeur de Taipei.
Mais c'est aussi un centre culturel, avec le théatre national, la salle de concert,... et le mémorial dédié à Chiang Kai Shek... Haut de 70 mètres, ponctué de trois terrasses, ses grands murs massifs de marbre blanc offrent de grandes surfaces lisses, lumineuses, surmontées par le toit de tuiles bleues hexagonal. un repos pour l'oeil.
L'intérieur du mémorial se divise en deux: la partie supérieure à laquelle on accède par l'extérieur, abritant l'énorme statue de l'ancien président, hilare. (ce qui le rend sympatique, mais bon...) derrière lui une calligraphie gravée dans le mur, les trois principes du peuple (esthétisme, démocratie, sciences; sans commentaire..). La porte à deux battants en bronze qui ferme le mémorial pèse paraît-il 75 tonnes. tout va bien, il ne risque pas de s'enfuir! Sous le mémorial proprement dit: des salles d'expositions, une bibliothèque, un centre audiovisuel, et évidemment une galerie dédiée à la vie de CKS...
mais quel bonheur que de se promener à l'extérieur, au pied des grands murs blancs. Car quoiqu'étant dédié à CKS, l'édifice sobre, aux dimensions hors normes se trouve hors du temps, et dégage vraiment quelque chose de paisible.

dimanche, janvier 29, 2006

Taipei Awards: Huang Wei-Min. Lodging


Huang Wei-Min
née en 79 .

Habiter. Habiter un épi de maïs.
Drôle d'idée. Après tout pourquoi pas?
Un endroit confortable, où vivre... en plus c'est bon, le maïs, non? si on peut manger les murs, ça peut être intéressant!


Et puis les épis de maïs qu'elle nous propose, ils sont particulièrement grands, peints sur toiles de 2m50 de large.
un peu comme les capsules-hôtels japonais, ces minuscules cabines amménagées avec lit-télé, le nécessaire de repos de l'homme d'affaire stressé, paraît-il. Une allure de sarcophage futuriste. on vous y fait rentrer, Pop! on vous expédie dans l'espace et on n'en parle plus!
bon, là n'est pas le sujet!

d'autant que les épis de maïs, ça nous rapproche plutôt de la terre, on imagine mal expédier un épi de maïs dans l'espace... même si on l'avait façonné nous-même, comme une énorme navette spatiale...
car les épis de l'exposition, au premier abord, on ne connaît pas trop leur taille: la représentation de ces espaces à habiter est-elle à taille réelle ou bien s'agit-il, comme les dessins de projets d'architecture, du dessin d'une résidence dans son entier? sont-ils en fait énorme, comme un immeuble où chaque grain représenterait un appartement, où bien est-ce à taille réelle, un petit logement où l'on entre à peine?
Toujours est-il que l'artiste propose quatre types d'épis:
The first one is the residence of flesh (chair)
the second one is the residence of blanket
(couverture)
the third one is the residence of leather
(cuir)
the fourth one is the residence of straw
(paille)
et pose la question:
What kind of place would you select to reside temporarily ?

à choisir bien entendu selon vos besoins et personnalité..
Espace privé, personnel (dans le cas d'un épi à taille humaine) ou partagé (s'il s'agit d'un immeuble-épi)
Mais en fait, il faut le dire tout de suite : dans l'optique de l'artiste, il s'agit d'un épi à taille humaine.
elle conçoit en effet l'épi comme une image de notre monde intérieur, procurant chaleur et réconfort. ("that private space grants people sense of security as well as makes embrace of motherhood." "the work holds the metaphor of inner world existence, giving people warmth and welcome")
Exit tout le reste: il ne peut en aucun cas s'agir d'une chouette résidence futuriste, où l'on vivrait en communauté, constituée selon nos inclinations (plutôt chair, ou cuir?)...

L'épi de maïs comme espace strictement privé, intime, séparé des autres et du monde extérieur, épi autonome, fournissant à celui qui l'habite abri et nourriture.
Comme si l'on pouvait réduire notre existence à celle d'un foetus: à l'abri, tout seul et sans d'autres besoins que se nourrir et rester bien au chaud. "Fuire l'agitation de la société" comme le dit l'artiste et goûter au repos, pour un temps. (elle le souligne à deux reprises: habiter l'épi est une expérience temporaire)

Le jury interprète cela comme un essai de l'artiste d'exprimer ses idées sur la vie contemporaine à Taiwan, et ses réflexions sur l'existence humaine et la subjectivité.
Pourquoi particulièrement à Taiwan, je ne sais pas!

Mal être de l'homme dans la société contemporaine et besoin égoïste de vivre pour soi.
Rêverie des besoins primordiaux, l'homme-foetus, niché au creux d'une excroissance terrestre, qu'il a quand même aménagé, parcequ'il ne serait pas non plus fait pour vivre dans un épi naturel?
A l'aise nulle part, ni au milieu des hommes ni dans la nature ?
ou le besoin d'un équilibre entre les deux, qu'offrirait temporairement l'épi à habiter ?

des questionnements qui me font plus penser aux philosphes du XVIII° qu'à la société contemporaine (et taiwanaise en plus?)...









samedi, janvier 28, 2006

Taipei Awards: Lee Ming-Hsueh. Switches

Lee Ming-Hsueh
et son installation Switches, en français :Interrupteurs.
Et pour cause, sitôt que l'on entre dans la pièce, que l'on referme la porte derrière soi comme nous y invite l'étiquette à l'entrée, on a tout le loisir de les admirer, les interrupteurs.
cinq rangées d'interrupteurs tous identiques, sur les trois murs qui nous entourent.
une seule ampoule au plafond, pourtant.
avancez...
attendez...


que va-t-il se passer?
d'un coup: les centaines d'interrupteurs se mettent à s'allumer et s'éteindre n'importe comment, tous seuls, à toute vitesse, crépitant bruyamment et provoquant des étincelles au plafond, l'ampoule répondant simultannément à toutes les injonctions des interrupteurs. (en fait il s'agit techniquement de deux dispositifs indépendants, mais le résultat donne l'impression d'un lien de cause à effet)
hors contrôle.
agressif.
l'impression d'être un cobaye, en train de subir un traitement par chocs physiques et psychologiques.
enfermé dans cette pièce étroite, mais pourquoi suis-je rentrée et quand est-ce que ça va s'arrêter, et pourquoi ils m'en veulent tous comme ça, ces interrupteurs?
STOP!
ça continue et c'est insupportable, et puis soudain, plus rien, lumière normale, comme quand on est entré dans la pièce quelques secondes auparavant.... silence, seulement le bruit de votre coeur qui galope encore comme un fou.

Violent et agressif, "une force un peu fasciste" comme le commente un membre du Jury.
Effectivement, le visiteur se sent pris au piège, impuissant, et même dangereusement menacé. Perte totale d'auto-détermination, entré là volontairement, mais une fois la porte refermée, il n'y a plus qu'à subir.
Pourtant, les interrupteurs, c'est plutôt le signe de notre toute puissance, habituellement. comme la télécommande, qu'il revient au "chef de famille" de détenir, comme un sceptre ou un bâton de commandement, permettant d'imposer le programme.
et d'imposer à distance en plus! comme les interrupteurs: s'il fallait encore allumer les bougies une à une, le sentiment de notre toute puissance se trouverait bien réduit...
reste que l'on maîtriserait toujours l'éclairage, la lumière. c'est une bonne base de confiance en soi, une bonne base de certitudes.
mais là. dans cette pièce étroite et basse de plafond. on ne maîtrise rien. on prend tout en pleine poire. ironie du déclenchement autonome des interrupteurs, et des flash de lumière que l'on veut fuire.
du pouvoir, en veux-tu en voilà, mais pas comme tu l'entendais!
subis.


Dans son texte (voir plus bas), l'artiste fait l'analogie entre l'homme contrôlant les interrupteurs et la normalité contrôlant nos vies.
c'est que le contrôle des interrupteurs, c'est quelquechose de sérieux! votre maman a bien du vous le faire comprendre un jour, à force de répéter "ça suffit! on ne joue pas avec les interrupteurs!"
Analogie homme-interrupteur: c'est vrai qu'on est bien destabilisé quand l'ordre habituel s'inverse. quand ce sont les interrupteurs qui s'auto-déterminent et nous imposent à leur rhytme le jour ou la nuit.
ce n'est pas normal que les interrupteur contrôlent l'homme. cela revient à dire: ce n'est pas normal que nos vies contrôlent la normalité, que nos comportements décident de la normalité.
et si l'on s'auto-déterminait d'avantage, quelle serait donc la normalité sociale?

Il pose aussi la question du sens de cette "normalité":
Tous ces basculements jour-nuit, jour-nuit, soudains, comme une révolte, quel en est le message? une invitation à la révolte? y a-t-il un message clair, uni, derrière la complexité et l'aspect disparate de l'énonciation? Y a-t-il derrière cela un message sensé, comme le codage d'un message par ordinateur, qui s'énoncerait en une suite incompréhensible de 0 et de 1 ?
Et en temps normal, quand la société nous dicte nos comportements, y a-t-il vraiment un sens derrière tout ça? ou n'est ce pas juste une cacophonie insensée, parfaitement aléatoire, toujours productrice de violence ?


le texte de Lee Ming-Hsueh; accompagnant l'expo:
"Switches are easily controlled by us during our daily life as of our life was controlled by standard behavior. Naturally, we accept the fact that switches can be controlled because we follow this standard. In exhibition the authorities of the switches that control the power were collapsed. Instead, switches make noise with their own tempo. They seem like to revolt and to make people uncomfortable and restless with anxiety. Switching on and off is just like computer language, zero and one, to communicate some kind of message. However, no one can easily understand the codes. It can also be said to like many message and information passing around the society, it seems easy but difficult to understand."



Taipei Awards: Kuo I-Chen. Lost Contact

Kuo I-Chen.
Cet artiste né à Kaohsiung en 1979 a participé en 2005 à la Biennale de Venise (présentant son oeuvre vidéo "Invade the Prigioni "au pavillon installé par Taiwan en marge du pavillion officiel chinois). Il a aussi participé à la Biennale de Taipei en 2004, et ,pour sa première exposition en 2002, à la CO2 Taiwan Avant-Garde Documenta.
C'est à la Biennale de Shanghai en 2005 qu'il a présentée l'oeuvre primée au Taipei Fine Arts Museum aujourd'hui: Lost Contact

Une caméra accrochée à des ballons, transmettant les images en temps réel. l'enregistrement de ces images, projeté sur écran dans une salle fermée.

D'abord trimballée à bout de bras, la caméra rase le sol (comme ses enregistrements par erreur que l'on a tous eu un jour oul'autre sur un petit appareil d'amateur..)
Enfin les pas s'arrêtent, la caméra tangue encore, puis trouve un équilibre.


Confiée au vent au départ d'une dalle cassée d'où surgissent des herbes, elle reprend son mouvement de balancier aléatoire, ne tarde pas à prendre de la hauteur, élargissant son champ de vision à mesure qu'elle s'éloigne. Et on est emportés avec elle, comme nous même accrochés à un gigantesque ballon, parfaitement impuissants.


On quitte la petite terrasse de l'immeuble, les bruits de la ville nous parviennent. On quitte le quartier, qui devient très vite un détail du quadrillage urbain.
Alors que l'on prend de plus en plus en de recul (un recul tournoyant), situant de mieux en mieux notre point de départ dans son environnement, la liaison qui nous rattache au sol s'affaiblit.


excitation mêlée d'angoisse.
est-ce possible?
s'évader, en gardant contact. continuer à voir. continuer à entendre, même lointains, les bruits du monde.

le lien se fait de plus en plus ténu, et les ratés de transmissions crachent de plus en plus fort à nos oreilles. jusqu'à ce que cela se transforme en un bruit continu, assourdissant, jusqu'à ce que l'image se brouille complètement.


Et alors tout s'arrête.
Délivrance, le silence brutal. Et l'écran devenu noir.
On reste abasourdi, il faut quelques secondes pour se remettre.

"I hold my breath
A flaneur in an amorphous town
Gently, lighter than air, I lift my body
It is doomed
I fly away, yet never does my fate so tied to the ground
the contact is my raison d'être
I reach for it
I reach for it...
I lost contact."
Kuo I-Chen

Curieuse expérience
Complètement nouvelle
prendre le large, regarder l'activité humaine d'en haut, mais avec le danger de l'éloignement.

Altération des sens avec la distance
on n'entend plus, on ne voit plus, on n'est plus lié à rien,
et on sait qu'on continuera toujours à s'éloigner comme ça parcequ'il n'y aura rien pour nous retenir : le fil qui nous tient à la terre s'amincit, jusqu'à disparaître.

Altération des sens, isolement
jusqu'à la perte de conscience

vendredi, janvier 27, 2006

Art, Literature and coffee shop... un hiver à New York

Une balade dans le New York de Bob Dylan...
"There was an art movie house in the Village on 12th Street that showed foreign movies - French, Italian, German. This made sense, because even Alan Lomax himself, the great folk archivist, had said somewhere that if you want to get out of America, go to Greenwich Village. I'd seen a couple of Italian Fellini movies there - one called La Strada, which means "the Street", and another one called La Dolce Vita. It was about a guy who sells his soul and becomes a gossip hound. It looked like life in a carnival mirror."

"New York City was cold, muffled and mysterious. On 7th Avenue I passed the building where Walt Whitman had lived and worked. I paused momentarily imagining him printing away and singing the true song of his soul. I had stood outside of Poe's house on 3rd Street, too, and had done the same thing, staring mournfully up at the windows. The city was like some uncarved block without any name or shape and it showed no favoritism. Everything was always new, always changing. It was never the same old crowd upon the streets.

I crossed over from Hudson to Spring, passed a garbage can loaded with bricks and stopped into a coffee shop. The waitress at the lunch counter wore a close-fitting suede blouse. It outlined the well-rounded lines of her body. She had black-blue hair covered with a kerchief and piercing blue eyes, clear stenciled eyebrows. I was wishing she'd pin a rose on me. She poured the steaming coffee and I turned back towards the street window. The whole city was dangling in front of my nose. I had a vivid idea of where everything was. The future was nothing to worry about. It was awfully close."


Bob Dylan, Chronicles, Volume One.

Etourdissement dans la cité de verre



" New York était un espace inépuisable, un labyrinthe de pas infinis, et, aussi loin qu'il allât et quelle que fût la connaissance qu'il eût de ses quartiers et de ses rues, elle lui donnait toujours la sensation qu'il était perdu. Perdu non seulement dans la cité mais tout autant en lui même.

Chaque fois qu'il sortait marcher il avait l'impression de se quitter lui même, et, de s'abandonner au mouvement des rues, en se réduisant à n'être qu'un oeil qui voit, il pouvait échapper à l'obligation de penser, ce qui, plus que tout autre chose, lui apportait une part de paix, un vide intérieur salutaire. Autour de lui, devant lui, hors de lui, il y avait le monde qui changeait à une vitesse telle que Quinn était dans l'impossibilité de s'attarder bien longtemps sur quoi que ce soit.



Le mouvement était l'essence des choses, l'acte de placer un pied devant l'autre et de se permettre de suivre la dérive de son propre corps. En errant sans but, il rendait tous les lieux égaux, et il ne lui importait plus d'être ici ou là.
Ses promenades les plus réussies étaient celles où il pouvait sentir qu'il était nulle part. Et c'était finalement tout ce qu'il avait jamais demandé aux choses: être nulle part.

New York était le nulle part que Quinn avait construit autour de lui même et il se rendait compte qu'il n'avait nullement l'intention de le quitter à nouveau.
"

Paul Auster, Cité de Verre, in La Trilogie New Yorkaise.

L'emploi du temps. Premières impressions d'une arrivée

Septembre 2005. Du travail au MoMA, Midtown Manhattan, à ma chambre de Brooklyn, Kensington District. Impressions d'une adaptation, entre traductions, translations et perturbations.


" Encore tout étourdi de mon voyage, accablé par ces premières journées de travail, qui, malgré la simplicité des tâches que l'on m'y avait avait proposées, ont été les plus dures de mon année, parce que l'effort de traduction était encore constant, et que j'avais à m'habituer aux mille détails d'une routine administrative nouvelle, je me retrouvais le soir, dans une solitude absolue, incapable de la moindre décision, n'ayant qu'une hâte, la dernière bouchée fade avalée, grimper dans l'étage du bus 17, voir défiler ces rues encore sans nom pour moi, rejoindre cette chambre que je m'efforçais de ne pas regarder, une fois que j'y étais entrée".

Michel Butor, L'Emploi du Temps

aller - retour



Fin janvier. Voilà maintenant un peu plus d'un mois que j'ai quitté New York. Pourtant je ne cesse de regarder par là bas avant un retour dans quelques semaines dans ces contrées agitées.

D'où mon silence... "Pauline à New York" n'est plus à New York.

Alors que raconter désormais, avant de retourner dans le vif du sujet à nouveau en février - mars?

Une photo kitsh et quelques stéréotypes pourraient convenir à cette légère nostalgie. Non?

Alors prendre un peu la parole des autres pour avoir un autre regard sur mon séjour... pourquoi pas...

Et si je cherchais quelques voix à ajouter au blog pour narrer ces aventures new yorkaises?

commençons...

dimanche, janvier 15, 2006

台北美術槳

Taipei Arts Awards
Au Taipei Fine Arts Museum
jusqu'au 5 Mars.


36ème édition du concours annuel à l'issue duquel 5 grands prix ont été décernés, parmi les 531 propositions reçues...
Cinq créations d'artistes nés entre 1977 et 1980.
La jeune génération taiwanaise.


D'abord vous parler de TSENG Wei-hao, et de son installation PICSOUND.

Deux pans de murs blancs, en L.
Sur ce livre ouvert, cinq bandes horizontales noires.
Entre chaque bande, des gribouillis au fusain, métalliques. du brillant sur le mur mat.
des traits verticaux, se superposant, reliant inlassablement les lignes noires entre elles. traits laissés par le public, invité à relier les bandes entre elles.
...et deux personnes du musée qui s'évertuent à les isoler, en faisant disparaître à la gomme le nuage gris, sur un cm de part et d'autre de chaque ligne.

est-ce là tout?

Non, évidemment.
Chaque bande est en fait sensible au contact physique du public.
Le visiteur, pour entrer en présence de l'oeuvre, peut se munir d'un crayon et établir une connexion dont la trace restera visible (jusqu'à ce qu'elle soit effacée par le visiteur qui se sera muni d'une gomme, ou par les deux personnes du musée..car apparemment le visiteur préfère gribouiller qu'effacer)
Il peut aussi simplement relier de ses deux bras les lignes entre elles.
Conducteur, son corps établit la liaison et permet l'émission d'un son. "matérialisation" sonore de la connexion établie, qui disparaît spontannément sitôt que la main s'écarte du mur.
Magique.
comme s'il existait des réseaux invisibles, ici matérialisés par les bandes noires, que l'on pouvait faire entrer en résonance.

Et du coup, l'oeuvre prend une autre dimension. envahissant l'espace. Il n'y plus seulement un livre ouvert, comme une partition avec ces cinq bandes noires. Le mur en L devient un véritable clavier, et l'espace qu'il embrasse celui par lequel il peut vibrer et émettre des sons.
Entrant dans cet espace, comme une note qui viendrait s'accrocher à la partition, le visiteur dès qu'il "s'accroche" au mur définit l'espace de l'oeuvre qui se met sitôt à exister.
Magique. et hop, dès qu'il s'en va, l'espace s'applatit et il ne reste que la partition silencieuse. griffonnée de notes grises, les traces graphiques de connexions virtuelles, de sons en puissance.

comme si le trait de fusain que trace le visiteur était en fait son ombre, l'image plate et écrasée de sa présence à l'oeuvre.


Par ailleurs, l'effet secondaire de l'utilisation de fusain par le public est aussi très amusant.
évidemment, le fusain, ça laisse les mains grises. et évidemment, les murs d'un musée d'art moderne et contemporain sont blancs.
alors, en cercles concentriques autour de l'installation de Tseng Wei-Hao, les menottes laissent leurs traces... et on peut se plaire à imaginer qu'à chaque trace grise, amorce d'une ligne, l'ombre d'un doigt, il y a la visualisation d'une note possible, virtuelle. l'amorce d'un point de communication, qui n'attend que notre présence active.
mais je ne pense pas que ce soit spécialement un effet recherché, on dira plutôt que c'est un effet secondaire. inévitable, avec ses désagréments pour le musée! mais pas pour moi, ça m'a fait bien rigoler, et je trouve ça plutôt poétique !

Quelques mots sur l'artiste:
né en 1977 à Tainan. diplômé du Tainan National College of the Arts, Institute of Plastics Arts en 2004, il a participé à plusieurs expo collectives à Taiwan depuis 2001...


la prochaine fois, la création de Kuo I-Chen...